Pour la communauté : IL Y A CENT ANS

Publié le par M'amzelle Jeanne

Pour Clara qui a ouvert cette nouvelle communauté, et que je remercie :


http://lacommunauteilyacentans.apln-blog.fr/

 


Je suis heureuse de proposer  ce  petit texte..

 

Mémoire de celui qui devint mon père...


Je suis né le 30 Novembre  I896.
Donc  recensé par l’armée  étant de la classe 16.
Ma mère est décédée en I910, en mettant au monde un quatrième enfant. J’ai 14 ans.  Nous habitons à Magenta près d’Epernay.  La vie de famille gravement perturbée,  mon père mécanicien aux chemins de fer de l’est, est souvent absent, j’ai deux sœurs.  

Mon père s’est remarié .

J’ai mon  certificat d’études.

Aussitôt,  je suis entré en apprentissage chez un bourrelier/carrossier.
Je suis heureux ça me plait.


4 Aout I914 le tocsin sonne.. dans l’après midi,

Les cloches de tous les clochers de village, à toute volée.. font l'appel à la mobilisation  générale.
Les gendarmes apportent  chez  chaque homme valide ordre de  réquisition.
Un  papier rose  qui donne les ordres de  missions, lieu du bureau de recrutement..rendez vous immédiat. Vous avez 12 hrs...
A la lecture, il faut de suite se préparer à partir, nous sommes réquisitionnés sur le champ.
Laisser tout , poser outils ou tabliers.. partir très vite !
Prendre quelques effet dans une musette,  embrasser  famille,  femme et enfants  pour  rejoindre  le poste assigné au plus vite.

Pour  tous l’angoisse est palpable..
Dans l’atelier où je suis,  l’ambiance est stressante..
De vieux compagnons ont déjà été mobilisés,  sont partis sur le front.
Je suis le plus jeune,  je sais que mon tour d’être appelé va  arriver très vite. Les journaux  annoncent la progression de l’ennemi  qui dans l’Aisne  n’est  plus qu’à quelques kilomètres d'Epernay, où j’habite avec ma famille,   nous entendons les bruits du canons au loin..  nous sommes très inquiets.. l’angoisse m’étreint.

La guerre ont sait lorsqu’elle commence.. jamais quand elle finira !!

 
Je n’ai été appelé que le 11 Avril I915.


Les 15 et 16 Février I915 c’est le début de la percée en Champagne.. Sur la côte "des Epargnes", une guerre de tranchées et d’usure  a duré un mois,  fin de l’offensive le  17 Mars. Il sera dit plus tard que le bilan  fut de  1027 tués.
Il faut des troupes fraîches...

Je suis parti avec deux musettes, deux poches/sacs de toile,  bandoulière  croisées  sur mes épaules...
( Le sac à dos n'avait pas encore été inventé!!!)
Je n'ai pas 20 ans!

  mobilisation1914.jpg

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Lenaïg 09/03/2014 19:02

Comme si on y était, Jeanne, merci beaucoup de nous offrir cet épisode de la vie de ton père et l'atmosphère de l'époque. Gros bisous.

Catheau 09/03/2014 18:13

Ils étaient si jeunes ! Leur vie s'ouvrira dans les tranchées de l'horreur. Un hommage émouvant.

Carole 07/03/2014 23:36

Non, je n'aurais pas dû écrire "ton vieil aïeul", puisque tu dis que c'est ton père.

Carole 07/03/2014 23:35

Merci Jeanne pour ce témoignage très émouvant, et très précis aussi. On revit parfaitement l'angoisse de ce jeune homme - ton vieil aïeul.

ozymandias 06/03/2014 21:18

une triste époque Jeanne, des familles décimées et dépeuplées... un bel écrit que tu as fait là sans larme seulement de la pudeur
je t'embrasse Jeanne bdelle soirée
joelle