L'herbe recouvre le chemin....

Publié le par M'amzelle Jeanne

Je retrouve ce petit texte.. très ancien
Les volets clos.. pour me cacher de la chaleur
Je relis.. et souhaite partager..
...ce devenir !Chemin.jpg

 

 

"Le roseau plie et ne rompt pas"

L'herbe recouvre le chemin. Les visites deviennent plus rares, il n'y a plus de pas pour coucher et flétrir le gazon qui pousse entre les pierres. La maison, comme le propriétaire présente des signes de faiblesse et de décrépitude. Les volets aspirent à recevoir une couche de peinture. A plusieurs endroits quelques pierres sont à nu, les rosiers ne sont plus attachés.. le début d'un abandon, qui sera certainement plus apparent dans quelque temps, est déjà visible.

Comment est-il possible de vivre les quelques années qui précèdent le départ vers l'éternité dans une telle solitude ?

La réponse est: c'est simplement déchirant.

Nous, les mères, les grand mères, les grands parents dès la naissance de notre premier enfant, puis de l'enfant de celui-ci, avons pensé à chaque instant à la chair de notre chair, à son bien être, à ses chagrins. Améliorer son existence, œuvrer pour qu'il puisse avoir une vie meilleure a été le leitmotiv de chaque jour.

Et voilà, nous sommes sur le bord du chemin sans visites et sans aides. L'herbe pousse entre les dallages sans être foulée par les petits pieds tant aimés. Où sont les plaisirs d'antan ? Rien n'est permanent, c'est une réalité. Il est tellement normal que les pôles d'intérêts pour la vie ne soient plus les mêmes, les enfants ont mille choses à assumer. Les études sont longues, prenantes, compétition et pression sont constantes. Il y a les vacances, les départs vers d'autres horizons plus loin, plus hauts, les amis d'un jour qu'il est urgent d'aller retrouver. Il est indispensable de participer à de grandes fêtes où l'on retrouvera des inconnus que l'on ne reverra sans doute jamais.

Mais l'herbe du chemin qui mène chez l'aïeul, par qui sera-t-elle foulée si ce n'est par des personnes qui par eux ont été aimées, à qui il a été tant donné?

Le téléphone relie dit-on, mais il creuse un fossé d'indifférence. Celui qui appelle se décharge d'un poids, il a le sentiment d'avoir fait ce qu'il pouvait, pour lui la liaison n'est pas rompue, cependant une fois la conversation terminée, la solitude est amplifiée pour celle, pour celui qui est seul. Le bonheur est de partager, de pouvoir échanger les simples détails de la vie, de serrer encore sur son cœur l'enfant tant aimé.

Quelle étrange impression de se sentir descendre au tombeau avant d'être sans vie ! De ne plus faire partie des activités de ceux que vous avez aidé et aimé de toutes vos forces, de ne plus pouvoir compter sur eux, de rester sur le bord de leur chemin, de ne plus recevoir de regard complice, d'être devenue une obligation légère. Que de désespoirs cachés.

Ne plus recevoir de marque d'amour spontanée, ne plus être reconnue dans la foule, que de souffrances et coups de griffes ressenties. Avoir une place autour de la table, mais rester seul, avant la fin du repas tous sont déjà partis ! Qu'il est difficile d'admettre que vous n'êtes plus entendu lorsque vous parlez, de ne pas avoir de réponse à vos pauvres questions. Ne plus être accompagné dans vos instants difficiles, ni dans vos moments heureux, rien n'est plus partagé! Qu'il est difficile de comprendre que vous ne comptez plus, que vous devenez transparent, vous êtes mal assis sur votre chaise vous demandant comment ce froid intense a pu s'établir. Votre cœur, en écharpe porte une couronne d'épines.

A cet instant, votre seule idée est de retrouver votre solitude où finalement là est votre place. La rupture est faite, vous avez compris que tous nous venons à la vie seul et que nous repartirons seul.

C'est sans regrets et sans haine qu'il faut continuer la route, sans regards arrière dans le rétroviseur. Etre comme le roseau, se plier, et se relever sans se rompre. La vie réserve d'autres plaisirs, d'autres rencontres que nous ne soupçonnons pas, être à l'écoute, à la recherche de l'inconnu qui lui, vous acceptera tel que vous êtes et deviendra peut-être votre ami.

Rien n'aura été inutile car vous avez aimé.

Publié dans PETITES NOUVELLES

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P
bonsoir,
je viens pour la première fois sur votre site; et ce texte m'interpelle
la solitude, comme elle peut peser parfois!
j'ai du mettre maman en maison de retraite car elle avait ce mal être de la solitude,
quand j'ai compris que rien ne pourrait combler cette solitude je me suis "obligée" à lui ordonner de vivre.
Elle avait ce besoin constant de présence; elle se sentait "abandonnée" et sa maison devenait un "mausolée", à vivre dans le passé à ne plus voir les vivants. J'ai tout fait pour ne pas en arrivé
là puis je me suis résignée; il fallait qu'elle vive, qu"elle quitte ce lieu pour retrouver cette chaleur dont elle avait tant besoin et qu'elle ne voyait pas qu'on la lui apportait; vivre avec les
souvenirs sans voir le présent c'est s'enfermer dans la solitude; c'est se perdre! elle a maintenant repris pied! elle a pu enfin parler de cet "abandon " qu'elle ressentait; beaucoup d'erreurs ont
été commises; je lui avais demandé de venir s'installer prés de chez moi, d'oser demander de l'aide; chaque fois que ses autres enfants venaient (7) elle leur disait que tout allait bien; elle n'a
pas su parler, elle n'a pas su dire sa souffrance; j'étais la seule à voir cette souffrance car avec moi elle osait; mais je travaille encore, et c'était une présence de chaque jour de chaque
instant qu"elle réclamait; je n'ai pas pu tout donné; il me fallait "survivre"
nos rapports sont profonds , je la visite 3 fois par semaine et elle me parle de son passé, de sa vie, de ses peurs; je l'entoure, et je l'aime encore plus fort
je ne l'abandonnerai pas, jamais mais je m'octroie des temps de répit pour être disponible et j'essaie de lui apporter tout l'amour dont elle a besoin
que n'a t-elle pu parler plus tôt dit son ressent; mes frères et soeurs auraient alors pallier à cette solitude
maintenant ils ont compris la vieillesse de maman et la visite régulièrement
merci pour ce texte, je repasserai sur votre site si vous le permettez
belle soirée
Répondre
M


Chère Pasteline ! Je suis émue de te lire.. Lorsque la solitude nous envahit c'est vraiment mortel, on ne voit plus rien, on entends plus on souffre..et c'est énorme. Il faut pouvoir se reprendre
en mains..  penser que la solitude est notre lot à tous.. Il est fréquent lorsque l'on est jeune d'être très entouré.. et cependant mal entouré,  et de souffrir de cette solitude 
intérieure..  Nous devons apprivoiser ce sentiment qui nous ronge..écrire nos ressentis..parler à des amies, des oreilles attentives pour avoir un dérivatif. C'est ainsi que ce petit texte à
vu le jour !  Je suis agée.. mais depuis que j'ai reussi cette transformation intérieure... je ne ressens plus mon âge. Mon regard a été transformé, je ne vois plus la misère chez moi.. elle
est ailleurs cette misère et ici malgré nos "déboires" ici, nous sommes des nantis ! 
on ne peut pas exiger aux enfants de nous soutenir a chaque instant. Chacun de nous doit se  prendre en charge et ne pas alourdir les épaules de ceux qui nous entourent.
Je ne sais si je me suis bien exprimée.. C'est un travail de chaque instant pour tenter de  retrouver la lumière et la joie de vivre encore un peu !
Je te souhaite une belle nuit.. la nuit des étoiles..  nuit de la Saint Laurent !



M
strange!! c'est un mot que j'emploie souvent : cette impression d'etre transparent!! et ce n'est pas reservé aux anciens , da,s la vie moderne plus personne ne se soucie des autres c'est la
generation 'ME FIRST' !!
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M


This is so true !
Merci pour ton passage et ton commentaire qui me touche..
Mais il a été dit quelque part.. que les premiers... seraient les derniers..!
So, me first..  have no sense ??



T
Je relis ton petit texte
Douce journée Jeanne
Bisous

timilo
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M


Ce fut pensé lorsque j'étais malheureuse.. je souffrais dans mon corps, dans mon coeur.. Aujourd'hui.. tout va bien.. je suis bien!
Chaude journée ce jour .. et tristesse en Galicie..
Avec amitiés



B
Comme il est triste ton billet, chère Jeanne, comme il est vrai pourtant! Nous le savons bien que nos enfants et petits-enfants nous aiment, mais nous n'avons plus les mêmes goûts, la même
habileté, les mêmes connaissances (tout va si vite), la même musique, les mêmes films. Nous sommes là, nous nous sentons inutiles et pourtant nous ne le sommes pas. Peut-être nous taisons-nous trop
pour leur laisser la parole, ou parce que nous pensons que ce qui nous intéresse ne les intéresse plus. Mais je répète: et pourtant, ils nous aiment. Autrement que nous, parce qu'ils sont au seuil
d'une vie turbulente, que des amis attendent - ils ne pensent pas que nous aussi nous attendons - et il est vrai qu'ils n'ont pas les mêmes souvenirs, que nous sommes déphasées même si nous
utilisons l'ordinateur et avons une TV numérique. Leur musique nous casse les oreilles, la nôtre leur paraît doucereuse. qu'y faire? Les prendre comme ils sont, se créer d'autres intérêts et rester
proches quand même. C'est possible, même si c'est difficile. Un peu à la fois, on s'y fait. Je vois ma fille plutôt régulièrement, mon petit-fils de temps en temps avec sa compagne et son petit
garçon et je le sens un peu gèné d'être resté deux mois sans me rendre visite. Mais je sais qu'il travaille beaucoup, beaucoup et je ne lui en veux pas. Tu le sais sans doute, depuis deux mois
j'habite chez ma petite-fille et son compagnon; séparés par un couloir, indépendants les uns et les autres, mais nous retrouvant aux moments qui conviennent à chacun. C'est rare et inespéré. Nous
nous acceptons tels que nous sommes et si parfois je me sens quand même seule (ils ont des amis, des chiens, des occupations, c'est normal),je souris en me disant que j'ai beaucoup de chance. Ce
billet, dis-tu, date de quelques années. Je pense que notamment par les blogs, tu as tressé des liens avec d'autres personnes, plus proches par l'âge et qui peuvent échanger. Dès ce moment-là;
revoir enfants et petits-enfants reste essentiel, précieux, mais moins pénible si trop de temps se passe. Chère M'amzelle Jeanne, je t'embrasse très tendrement,
Lorraine
Répondre
M


Oh! Chère Lorraine..
Je suis émue de ta compréhension. Ce petit texte a été fait il y a longtemps lorsque je souffrais.. que ma vision des choses et de la vie n'était pas claire encore.Je pense que j'étais plutôt en
grande révolte.. mais comme c'est le passé.. on n'épilogue plus!
C'est certain que nos enfants ont leurs graves problèmes, et ils ne peuvent prendre en charge ce que nous sommes  devenus. Nous devons leur alléger leur peine en ne nous plaignons pas ou
plus.. Mais pour en arriver là il faut avoir pris beaucup sur soi. Nous sommes tous tellement différents! Ce n'est pas parcequ'ils sont nos enfants qu'ils doivent penser et agir comme nous !
Oui, chère amie Blogueuse.. chère Lorraine, je suis ton parcours depuis quelques temps et je sais qui tu es dans la campagne bien entourée de ta petite fille et de sa famille.. et Mylord! J'ai la
chance d'avoir tissé des liens profonds avec des amies lointaines qui viennent me voir de temps en temps me téléphone et surtout m'envoient  mails et photos Mais depuis deux ans je vis
beaucoup mieux encore grâce à vous toutes amies virtuelles, ces défis sont un vrai bonheur et le partage est toujours chaleureux. Il nous pousse a participer aux défis, à "nourrir" le blog que
nous avons crée.. et ce n'est pas, ne rien faire que de cultiver ces relations,  c'est très important pour moi.
Je suis très heureuse de ce partage et je t'envoie douces pensées et bisous.



N
C'est un beau texte, Jeanne. Mais je pense qu'il ne faut pas généraliser. Certains choisissent, préfèrent cette solitude (j'en fait partie). Les liens amicaux et familiaux sont bien présents,
savent rester discrets. La sollicitude déplacée peut-être lourde à vivre. Et j'aimerais mieux être seule pour rencontrer la mort. Nous sommes sans doute moins nombreux à raisonner ainsi, mais
aimerions que cela soit respecté.
Belle journée au frais! Bises.
Répondre
M


Bien certainement.. ne généralisons pas ! Mais cela arrive et il faut s'y préparer peut-être ..s'entourer de personne fidèle sincère et discrète
Je partage aussi ton sentiment que la solitude demande un fort caractère, que la sollicitude devient pénible! Il faut se forger.. et internet nous aide !
J'espère que le vignoble de Tricottine n'a pas eu a souffrir des orages.. en  Bourgogne dans des côtes classées  hier de très gros dommages..
La chaleur est plus supportable aujourd'hui..
Merci d'être passée !
Je t'envoie un gros bisou.



F
ton très beau texte me fait penser à une vieille chanson de Sardou:" elle a des cerises sur son chapeau la vieille ", qui parle aussi d'une vieille dame que les siens ne vont plus voir , qui vit
dans la solitude .
On vit à cent à l'heure et on oublie les valeurs essentielles ; après lorsqu'on a des regrets , c'est trop tard ;
bonne journée
Répondre
M


Ton commentaire me fait grand plaisir..
Je suis cette vieille dame sans cerises sur le chapeau, d'ailleurs je ne mets pas de chapeau!
Cependant je ne suis pas esseulée.. j'ai le plaisir de vous lire, amies virtuelles  sur les chemins de l'écrit.. et puis grâce à l'écriture toujours, j'ai de vraies amies qui viennent me
voir. Ensemble nous partageons thé ou café.. . petits gâteaux et idées du moment.
Je fus cette personne malheureuse, attendant la visite des uns ou des autres..
Ce n'est plus que du passé. Je me suis rendue compte que nous ne pouvions pas changer la vie, que nous devions apprivoiser cette solitude, travailler sur soi pour ne plus en souffrir.
Merci d'être passée et au plaisir de se lire ici ou là!
Je t'envoie un big bisou.



E
C'est bien triste mais c'est malheureusement le destin de beaucoup de personnes. Il y a aussi ceux qui ont le malheur de vivre très longtemps alors que tous leurs proches, famille, amis, sont
morts.
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M


Heureuse de lire ton gentil commentaire.
La vie est ainsi faite.. nous devons faire notre bonheur nous même et ne rien attendre ... ce qui est donné est un cadeau !
Belle journée.. sous un soleil un peu moins chaud.



T
Ingratitude des plus jeunes ... Sans doute mais ils ne savent pas ce qu'ils perdent.
Joli écrit Jeanne
Merci pour ton petit mot
Douce journée
Bisous
timilo
Répondre
M


Peut-être pas ingratitude Timilo...
Je te souhaite une superbe journée!
douces pensées.



C
Que c'est triste, que c'est beau et juste aussi, ce que tu as écrit dans ce texte. Je veux tout de même ajouter ceci : écrire, c'est déjà sortir de la solitude, se faire une place dans le monde et
dans les coeurs qui savent s'émouvoir. Tu fais bien d'écrire et de tenir ce blog, chère Jeanne. Avec toute mon amitié, Carole
Répondre
M


Je ne suis pas triste.. ce que j'ai écri il y a quelques années est une simple constatation et  m'a aidé à continuer mon chemin.
Oui, avec l'écriture, la lecture et le blog maintenant nous ne pouvons pas nous sentir seule..
Nos amies virtuelles, ces amitiés qui naissent au fur et à mesure de commentaires sont très importantes pour conserver un bon équilibre.
Merci beaucoup Carole.. j'aime beaucoup lire tes défis qui font réfléchir.
Avec amitiés.



D
ce texte est poignant.
je n'en dirai pas plus
je t'embrasse affectueusement
Répondre
M


Merci de ton passage..  de ton gentil commentaire
Je t'embrasse et te souhaite une belle journée



L
Bonjour Jeanne,

Un texte très émouvant que j'ai relu plusieurs fois. Le reflet d'une longue vie avec des moments de bonheur mais aussi de désillusions. La vie ne s'arrête pas à ces anciens souvenirs. Il faut y
croire et accepter l'avenir, rester toujours à l'écoute de l'autre Y croire et continuer à vivre. L'âge doit devenir une force. Bises très amicales.

Henri.
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M


J'aime beaucoup avoir reçu ta visite cher Henri j'apprécie ta sagesse :
" L'âge doit devenir une force"
Merci !



J
Oui Jeanne,
je pense avoir eu une vie plus facile que nos jeunes, nos parents vivaient à qq kilomètres, les familles n'étaient pas recomposées...
mais nos enfants n'ont pas souvent la vie idéale qu'on leur souhaitait... partis travailler en province avec leur propre nouvelle famille ont-ils le temps et le financement de weekend coûteux en
transport, être rentré à temps pour l'internat des plus grands...
bien sûr j'aimerai qu'ils soient plus proche de la maison, le jardin est abandonné par endroit et les problèmes d'ordinateurs me dépassent, mais je souhaite avant tout être légère et non un pesant
fardeau aussi longtemps que possible, les aider encore en gardant les petites...demain est un autre jour !
je t'embrasse et je te souhaite une journée à l'ombre
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M


Merci pour ton gentil commentaire avisé..
Demain est un autre jour, vivons l'instant présent sans mettre la pression.
La journée a été exceptionnelle plus de 40° dans ma cour.. sous la véranda.. 50° !
Un peu d'orage vient de raffraichir l'atmosphère !
Je te souhaite une belle soirée*
Bises



J
Bonjour Jeanne, que de vérités et de nos jours plus encore, des homes ont été bâti pour recevoir les vieux jours, qui ne se vivent plus en famille... Les couples travaillent à deux aussi... plus la
même vie ! Le W-E c'est... W-E, hop en se fait la tite valise... changement d'air... on ne s'emcombre pas de visite familiale, sauf quand besoin d'eux... !!! Soupir, sourire, les deux... Bises de
jill
Répondre
M


Oui.. ton commentaire est juste, j'ai écri ce petit texte  sans rancoeur une simple remarque.
Je connais les impossibles.
Bonne soirée chère Jill je t'envoie un bisou