La petite brioche...

Publié le par M'amzelle Jeanne

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La petite brioche toute ronde

           

 

Cinq heures du matin .

Comme d'habitude, Lyne est sur le pied de guerre. Vitres et vitrines brillent de tous leurs éclats, le sol, passé à la serpillière une deuxième fois, laisse voir quelques traces d'humidité. Bien coiffée, pomponnée, Lyne enfile rapidement une blouse blanche fraîchement repassée. Le mitron apporte dans de grands paniers à roulettes, le pain craquant que Lyne range dans les présentoirs: pains spéciaux d'un côté, les couronnes plus au fond, avec les pains aux raisins, de l'autre côté les pains de seigle et de froment, les ficelles et les baguettes étant plus demandées sont sur le devant, derrière la caisse. Les viennoiseries: petites brioches toute dorées et ventrues, pains briochés, et croissants seront dans une corbeille; palmiers, pains au chocolat, mille feuille, paris-brest, éclairs exposées dans les vitrines. La vitrine de délices salés, avec mini pizzas, croque monsieur, et autres pâtés, qui font recette à l'heure des repas est déjà remplie.

Jérome, son mari, est au fournil depuis minuit. Les fournées doivent se succéder. Le commis, sait ce qu'il doit faire et à part la radio qui égrène les nouvelles et les interviews, aucun échange entre eux ne sera fait, ensemble ils travaille comme les deux doigts de la main, tout est mécanique, tout ronronne bien. L'odeur de pain frais embaume du fournil à la boutique. Tous les matins c'est le même rituel, le magasin doit être prêt pour les premiers clients qui arriveront par vague. Lyne connaît tous ses clients, un mot aimable sera toujours donné avec la monnaie rendue.

Les ouvriers défilent dès six heures, puis les employés, qui eux vont travailler pour huit heures dans les bureaux de la ville proche, où ceux qui rentrent leur travail de nuit terminé. A huit heures ce sont les retraités qui viennent acheter leur pain frais et quelques croissants pour le déjeuner. Vers onze heures les mères de familles poussettes  et bambin à la main.. vont rechercher les plus grands à la sortie de l'école, c'est la foule d'un seul coup.

Il y a toujours quelques temps de répit entre huit et onze. Lyne est intriguée tous les jours à 10 heures 30…. Une petite personne discrète, triste et sans âge, sort de sa poche un porte monnaie minuscule de cuir usé, cherche avec difficultés les quelques centimes nécessaires pour faire l'achat d'une petite brioche ronde, toute dorée et ventrue. Il faut mettre la brioche dans un sachet… Lyne doit aider à mettre ce sachet dans un plus grand sac sans forme, tout cela avec beaucoup de difficultés de la part de la cliente, qui remercie d'un grand sourire, mais ne parle pas.

Lyne n'a le temps de rien, elle n'a pas une minute à elle, le soir la priorité est de compter la recette de la journée, de préparer la remise de chèques pour la banque, elle doit faire les commandes, et préparer la fiche de paie du mitron, faire la déclaration d'impôts .. et tant d'autres détails qui reposent sur ses épaules.

Alors enfin, elle peut aller dormir, sans penser à autre chose. Parfois, elle revoir dans ses pensées les clients vus dans son magasin pendant la journée, elle pense à cette petite personne, qui vient si régulièrement avec cette vieille bicyclette d'un autre âge, qu'elle pose soigneusement contre le mur d'en face. Lyne se pose des questions, elle la voit depuis si longtemps, mais qui est-elle? Dans cet instant passe un moment d'émotion dans le cœur de Lyne. Elle voudrait tant aller rendre visite à sa grand mère, âgée, qui ne peut sortir. Cette grand mère qui habite si près d'elle, dans un village proche. Trop occupée, Lyne ne peut lui rendre visite, comme elle aimerait.

La petite cliente si régulière de Lyne, est Francine.

Francine est une enfant qui a été élevée dans une famille d'accueil dès les premiers jours de sa vie. Francine parle avec difficultés, Francine est lente et marche en traînant les pieds. De ce fait sa scolarité s'est arrêtée très vite Elle a ensuite été placée dans la ferme voisine où elle était supposée s'occuper seulement de choses très simples. Au fil du temps, des tâches supplémentaires se sont greffées l'une à l'autre, si bien que les jours étaient trop courts pour le travail que Francine était sensée faire.

De la basse cour où elle doit soigner, nourrir, nettoyer les animaux, l'aide au ménage s'est greffé, puis la corvée des lessives, Francine n'a pas une minute à elle, et les tâches se succédaient. Ses patrons très exigeants, considèrent que Francine a de la chance d'être leur employée, et qu'ils sont bien bons, de conserver une personne telle qu'elle est.

Francine n'a jamais eu de vie de famille, logée dans une pièce à l'écart, sans confort, son seul plaisir est d'aller le dimanche après midi, et dans ses rares moments de  liberté, rendre une petite visite à une personne âgée, qui, elle aussi habite à l'écart, dans un petit réduit de la grande ferme. C'est Alice, une vieille tante de sa patronne, personne sensible et chaleureuse. Dans sa jeunesse elle habitait la ville. Les visites de Francine lui apportent un peu de chaleur. Alice lui a appris le tricot et la broderie. Francine a beaucoup de plaisir à parler à cette grand mère. Elle qui n'a jamais connu ni tendresse, ni attention, qui n'a jamais connu ni parents, ni grands parents, s'est prise d'amitié pour cette personne qu'elle aime de tout son cœur. Un matin, les volets ne se sont pas ouverts, l'amie de Francine a fermé les yeux. Le cœur de Francine est resté en écharpe pendant de longues années.

Après le départ des gens de la ferme, qui fortune faite, quittèrent leur exploitation, et laissèrent Francine seule, sans aide, ce fut, pour elle, un moment de désarroi.

Un petit logement de la mairie est disponible, il lui fut offert et elle en fit un havre de paix. Francine ne voulait pas quitter le village qui l'a vue grandir, qui l'a verrait vieillir. Elle a peu de moyens mais étant très économe, les broderies, les tricots, qu'elle a appris à faire avec la vieille amie de la ferme pour le plaisir, elle les fait maintenant pour vendre. Ce qui lui apporte un peu d'argent frais

Très reconnaissante à cette dame de lui avoir appris les travaux d'aiguilles, qui lui donnent un peu plus de bien-être, elle s'était juré d'aider, de rendre service aux personnes âgées qui se trouveraient sur son chemin.

C'est ainsi qu'elle fit la connaissance de Marguerite.

Personne frêle et menue, Marguerite habite dans une petite maison isolée non loin de chez Francine. Elle avait tenu dans son jeune temps, une épicerie/tabac, dans le village. Très aimable avec chacun de ses clients, elle a su conserver beaucoup d'amitiés dans le village et aux alentours. C'est à qui viendrait lui rendre visite. Avec quelques fleurs du jardin, un petit panier de légumes, les voisins font une sorte de chaîne afin qu'elle ne soit jamais seule. Marguerite aime recevoir ces petits cadeaux qui lui apportent un peu de douceur. Sa retraite de commerçante est si légère que ses petits dons améliorent son ordinaire.

Elle a eu quatre enfants. Veuve très jeune, elle a assumé toutes les difficultés pour élever et donner un métier à chacun d'eux. Nantis de leurs diplôme, tous se sont mariés et sont maintenant dispersés dans le monde. Sauf Jacques, qui marié et père de trois enfants habite dans un village voisin. Tristement, Armelle, la femme de Jacques n'aime pas Marguerite. Pour des raisons sombres et obscures, si lointaines, Armelle refuse d'un bloc, cette belle mère que tous s'accordent à dire combien elle est agréable, sur laquelle on peut compter et se fier. Cette situation peine beaucoup Marguerite qui ne voit que trop peu son fils et pas assez les enfants de ce couple qui pourtant habitent à quelques kilomètres seulement de son village. Elle a encore eu la force d'élever sa petite fille Lyne, la fille de sa dernière fille décédée si jeune. La petite a grandit chez elle et s'est mariée dans la ville proche, où elle travaille avec son mari et tient leur magasin. Marguerite pense bien souvent à cette petite, tellement courageuse lorsqu'elle était enfant; qu'elle ne voit que trop rarement, son cœur est meurtri en pensant à elle.

Depuis que Francine vient voir Marguerite, tous les jours en fin de matinée, sa vie a changé. Le vieux vélo démodé, toujours posé contre le tas de bois, devant la fenêtre afin qu'étant assise, elle puisse le surveiller. Elle se met à parler de tout et de rien, parle de son tricot, de ses broderies qu'elle va vendre à la ville d'à côté avec son vieux vélo. Marguerite, sort de son buffet deux petits bols qu'elle met sur la table, qui est recouverte de la toile cirée à fleurs, remet la cafetière sur le milieu de la cuisinière afin de réchauffer le restant de café qu'elle aime offrir à Francine. Et là, chaque matin, enfin, vers onze heures trente, Francine sort très mystérieusement, d'un vieux sac déformé, une petite brioche ronde, dorée et ventrue, qu'elle offre à Marguerite avec un large sourire.

Nous allons la partager dit Marguerite.

Francine avec son sourire édenté réponds: c'est bon hein !

Marguerite sait-elle que le cadeau de Francine a été tenu dans les mains de Lyne?

 

 

                                                                                  de Jeanne

 

 

Publié dans PETITES NOUVELLES

Commenter cet article

leblogdhenri 11/05/2013 10:38

Bonjour Jeanne,

Juste un petit mot pour te redonner mon adresse:

leblogdhenri et mon email: henri.landa@wanadoo.fr

Bises bien amicales.

Henri.

M'amzelle Jeanne 11/05/2013 16:03



Merci Henri.... je ne sais comment retrouver .. "normalement" ton "leblogdhenri"
Il n'est plus indiqué lorsque tu laisses un commentaire..? Je vais tenter !
Amitiés de Jeanne



leblogdhenri 09/05/2013 15:06

Bonjour Jeanne,

J'ai vraiment beaucoup aimé ton récit, c'est une si belle histoire de vie toute simple et c'est si bien écrit. Merci. Bises bien amicales.

Henri.

M'amzelle Jeanne 09/05/2013 17:26



Bonjour Henri.. Heureuse de te lire et de recevoir des compliments!! Merci
Il y a longtemps que je ne suis allée te voir.. le rythme a été cassé je ne sais pourquoi.. je vois moins les défis.. et rends moins de visite.. Il faut que cela change.! c'est tellement agréable
de recevoir de gentils commentaires.


Bonne soirée et au plaisir de se lire ici ou là !


Je ne peux retrouver ton adresse de blog ???



timilo 09/05/2013 06:41

Juste un petit coucou
Douce journée Jeanne
Bisous
timilo

M'amzelle Jeanne 09/05/2013 08:37



Oh ! Timilo.. encore un jour triste et sombre!
Alors je file chez toi me protéger dans ton beau jardin de souvenirs..
Je t'envoie un gros bisous aussi.



Carole 09/05/2013 00:37

Elle est belle, ton histoire. Et tu nous l'offre comme une brioche de douceur.

M'amzelle Jeanne 09/05/2013 08:35



Merci Carole.. ton commentaire me fait un grand plaisir!
Tu écris de si bien les moments simples de la vie..j'aime te lire.



fred 08/05/2013 18:32

voilà un récit rondement mené, tout comme ta brioche! Bonjour à Francine...

M'amzelle Jeanne 08/05/2013 20:47



Merci beaucoup pour ton passage et ton gentil com....
et je ne manquerai pas de passer le bonjour de ta part à Francine ! Elle va être surprise