SECRETS de FAMILLE

Publié le par M'amzelle Jeanne

SECRETS de FAMILLE

Une promenade dans le passé de mes différents "Ateliers d’Écriture" je retrouve un texte, très ancien, qui va très bien dans la continuité de l'article précédent..sur ma Généalogie.
Ce récit, datant des années de guerre 1940/1945 est bien réel. et situe bien ce temps !
Je vous souhaite une bonne lecture !

Secrets de Famille

 Atelier Chez Moi !! en liaison avec Réjane 16 Novembre 2004

 

               Le chemin avait été long pour arriver 60, rue de La Boétie, comment avait-elle fait pour y arriver ?

Chargée comme un baudet ! Son cœur bat très fort, de fatigue, de crainte aussi. Après avoir demandé si elle était bien à la bonne adresse, quelqu'un lui a ouvert la porte de l'ascenseur, a poussé le bouton du second. L'ascenseur. ? jamais elle n'était montée dans cette jolie boite faite de fer forgé, et de panneau de verre peints, comme des tableaux.  Parquet ciré, plaque de cuivre, une lourde porte s'ouvre.

Lambris orphelin de leurs dorures, d'énormes rideaux de velours rouge, devenus au fil des années poussiéreux, regrettent leur brillance d'antan, les longues pliures mangées par le soleil sont devenues ternes. Quelle sensation de lourdeur et d'étouffement. Posé sur une nappe d'organdi brodée de bleu, la table est dressée. Plats et assiettes en porcelaine de "Limoges" décorées d'un bleu profond, dont le motif rappelle la nappe Un filet d'or souligne chaque objet, le tout sous un lustre de pur Murano

L'ambiance est tendue, assise sur le bord d'un canapé un peu défoncé, Jeanne est venue de sa campagne natale, chargée de paquets pesants, un panier à couvercle d'où le cou d'une oie passe en essayant de pincer. Nous sommes en pleine guerre, les parisiens ont faim. Quel bonheur de se rappeler une parenté lointaine. Jeanne ne sait rien ou presque des relations de cette famille avec ses parents… la leçon lui a été donnée de ne pas poser de question, être polie, respectueuse. Elle sait qu'elle a risqué de se faire prendre par les douaniers et la Feld Gendarmerie à l'arrivée de la gare de L'Est.
Les colis sont en fait de la nourriture donnée par ses parents, pour la sœur aînée de son père. Ton papa s'appelle Henri, c'est moi qui l'ai fait baptiser, je m'appelle Henriette.

Jeanne n'a jamais entendu parler de cette sœur, la dame toute de dentelle vêtue qui lui a ouvert la porte est donc sa tante ? Exubérante, c'est une vraie charmeuse. Enjôleuse, elle veut mettre Jeanne à son aise, des mots doucereux sont distillés. Elle lui pose des questions sur la vie à la campagne, "comme tu dois t'amuser en allant ramasser les bons œufs Pour toi garder le troupeau doit être source de joie,…. être réunie avec tes petits camarades lorsque tu va ramasser les pommes de terre, quel bonheur cela doit être .Comme tu as de la chance !

La grande jeune fille aux allures distantes regarde Jeanne de haut, sans sourire. Jupe plissée, socquettes blanches et souliers vernis…

- elle est, me dit en confidence Henriette, au Lycée Louis le Grand.

 - Ah ! Bon.

Le père de la grande jeune fille… costume, cravate, chapeau mou  et petite moustache noire… passe et repasse sans me regarder.. Comme c'est drôle qu'il conserve son chapeau à la maison ! Je suis gênée… j'ai 15 ans.

Oui, je suis gênée. Car, je suis Jeanne, la provinciale, je n'ai aucune idée de ce que sont les artifices déployés autour de moi …. Ce n'est pas mon monde..  Que de différences entre cette dame et mon père !  Comment ce lien a-t-il pu se créer ?

Une personne est venue dire " Madame est servie" chez nous Maman dit tout simplement "A table", il n'y a pas d'intermédiaire, c'est Maman qui apporte les plats sur la table. Malgré tout ce déploiement de vaisselle fine sur la table, il n'y a que peu de chose à se partager.. tout est en chichis..

 - Marie ! "pas assez d'estragon sur la tomate"

 - nous avons de l'excellent rutabaga, aimes-tu ?

 - les pâtes italienne,? c'est la petite bonne de notre voisine du dessus qui les fabrique, lorsque c'est fait maisonc'est rare tu sais me susurre Henriette.

 - C'est dommage que tu sois venue aujourd'hui car demain notre bouchère nous a réservé un superbe faux filet. Et nous aurons quelques huîtres du poissonnier  Nous lui avons fait avoir du Champagne..
Il faut te dépêcher de repartir car tu vas manquer le train de I7 hrs"

J'avais hâte, c'est vrai de repartir, de retrouver Maman et sa cuisine généreuse. Même si ce ne sont pas toujours des festins, c'est bon, je n'ai pas faim en sortant de table alors que chez cette tante tout est dans le paraître. Elle ne ressemble en rien à mon père qui est réjouit, aimable avec les invités, surtout lorsque ceux-ci lui rendent un service..

Je ne comprenais pas bien le rapport qui existait entre cette personne et mon père.

De retour, mes parents m'attendaient j'ai demandé "Mais qui sont ces gens.. nous n'avons rien à voir avec eux".

Mon père gêné a dit à ma mère  " Toi, expliques lui;!"..

Ma mère, essuyant ses mains sur son tablier "Plus tard, ce n'est pas l'heure tu vois bien que je suis occupée"

L'histoire très simple prenait des mystères insoupçonnés. Il aurait été facile de dire l'existence des choses au fur et à mesure. Avoir honte de la vie, des aléas trouvés sur les chemins parcourus, je ne pouvais le comprendre

La mère de mon père est morte en mettant au monde son quatrième enfant … elle n'avait que 31 ans . Ce décès ne m'a été révélé que très tard. La seconde femme de mon grand père n'a jamais voulu parler de la vraie maman de mon papa.

Ma grand mère avait eu une petite fille hors mariage. Cette petite fut reconnue par mon grand père au moment de leur mariage. Elle s'appelait Henriette… elle quitta ce foyer très jeune, et eut à son tour une petite fille sans être mariée. Henriette était intelligente, parti pour Paris, où elle mena une vie active dans le commerce de broderies Vosgienne. Plus tard elle fit un mariage dans la bourgeoisie du champagne. Ses filles sont devenues comtesses… Mais oui c'est vrai !
Les secrets de famille pour elles aussi, ont certainement été cachés !

Pendant les années de guerre, une ou deux fois Henriette est venue, voir son frère, avec sa famille, particulièrement à l'occasion de " La mort de Monsieur" vous savez qui était "Monsieur" ? Chez nous "Monsieur" était le cochon… et c'était la fête lorsque le boucher venait pour faire passer le pauvre cochon de vie à trépas, à ce moment là, la famille savait nous reconnaître !

               Il n'y avait rien à cacher ni d'un côté ni d'un autre… la vérité des instants de vie était simple, il aurait été facile d'éviter ces SECRETS DE FAMILLE douloureux.

 

                                                                              Jeanne Parisel

                                                                              I7 Novembre 2004

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C
Bonjour Jeanne,<br /> Il y avait de quoi à ne pas comprendre le lien entre cette dame et ton père, Jeanne, en effet, hélas. Ce genre d'évènement était caché dans le temps, alors que cela aurait été si simple de le savoir, comme tu le dis si bien. Merci pour cet intéressant partage.<br /> Bonne fin de mois de novembre,<br /> Gros bisous♥
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M
Je suis enchantée de te lire chère Colette.. Merci d'avoir pris le temps de lire ce récit de ma vie.. de mes découvertes en généalogie ! Ici le froid arrive.. le soleil ne passe plus.. L'esprit n'est guère aux fêtes qui arrivent..Les différentes situations mondiales..n'insistent guère aux réjouissances !!<br /> Amitiés sincères
P
Que de mal ont fait les secrets de famille.<br /> N'empêche, on regardait la petite jeune fille de haut en lui faisant sentir que ... mais on venait au moment du cochon !<br /> Pour certains, c'est ça la famille !<br /> Bonne fin de journée M'amzelle Jeanne.
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M
Pimprenelle.. Bonjour et merci ! Je suis très heureuse d'avoir pu partager ce souvenir "romancé" d'une page de ma généalogie, ainsi agrémentée de souvenirs vivaces.<br /> Le temps est sombre.. l'automne est bien là annonciatrice d'un hiver précoce..<br /> J'espère que tu vas bien.. je t'envoie mes chaleureuses pensées