HISTOIRE ANCIENNE......

Publié le par M'amzelle Jeanne

HISTOIRE ANCIENNE......

 .......QUI REMONTE A LA SURFACE;;;.
. et a la particularité de démarrer de marcher dans les rue de Chaumont..
..pour se terminer dans les rues de Langres..
Pourquoi ?? on ne sait pas...
(Février 2018)

 

 

 

NOUVEAUX REGARDS

 

 

……..Comment allait-elle l'accueillir…? Cela lui arrive trop souvent d'être en retard…  Il ne peut jamais être à l'heure. Il retarde l'heure du rendez vous. Elle va être furieuse contre lui. Il le ressent à chaque fois, elle doit être rongée par des reproches intérieurs que sa gentillesse lui dicte de ne pas exprimer.

Pierre sait qu'elle a raison, mais c'est au-dessus de ses forces. Il ne peut quitter sa maison où tout est imprégné de souvenirs pour aller passer une soirée près d'Hélène. Hélène, est sa proche collègue, Hélène est une fille de cœur, elle a su au fil des jours lui redonner confiance. Après le décès de sa compagne, Pierre a vécu des jours d'extrême solitude, et de désespoir.

Hélène l'invite, sans raison particulière, chez elle, afin de l'aider à passer une soirée calme. Il la soupçonne de deviner qu'il ne se fait pas de repas complets. C'est avec amour qu'elle confectionne des menus équilibrés et fins qu'elle a plaisir à partager avec lui.

Chaumont est une petite ville de Préfecture, comme il y en a beaucoup en France, sa beauté ne se découvre pas au premier regard …. Ce soir le vent du nord est spécialement coupant. Pierre ne souhaite pas arrêter sa voiture au pied de la maison d'Hélène… Cette voiture trop grande, trop belle pour lui depuis qu'il est seul, il la laissera sur le parking de la Place Aristide Briand bien souvent appelé Place du Champ de Mars Il veut s'imposer un cheminement, une sorte de temps de réflexion avant de sonner à la porte d'Hélène.

Il aime marcher dans la nuit, avec ses mille pensées pour seules compagnes en direction de l'appartement d'Hélène. Voir la ville de nuit est un plaisir. Traverser le square du Boulingrin, passer devant la Préfecture illuminée… prendre les rues du vieux Chaumont le chemin qui descend "En Buée" il ne le prendra pas ce soir, c'est une promenade qu'il aime faire avec Hélène parlant du travail que les lavandières venaient faire dans cet endroit au siècle dernier. Il passe rue Dutailly s'arrête un instant sur le parapet dont la vue s'étend vers le Faubourg des Tanneries qu'il devine sous les feux scintillants, donnant un air de fête dans ce calme éternel. L'espace est large sous le ciel bleuté de la nuit. Il imagine les forêts couvrant toute l'immensité allant jusqu'à Colombey les deux Eglises.

Pierre devine au loin les routes clignotant dans la nuit… il reconnaît chaque endroit avec précision. ....
***(nous voici dans Langres !)

A cette heure de la soirée, Pierre ne rencontrera sur les remparts que quelques propriétaires de toutous faisant leur promenade du soir. Il aime laisser sa main courir sur les pierres embossées, usées des remparts édifiés par le fabuleux Vauban, Maréchal de France (1633/1707). qui a su transporter son génie dans d'autres superbes petites villes françaises.

Il aime se souvenir de voyages qui lui ont rappelé sa ville natale : Saint Malo intra muros, Collioure, petit bijou d'architecture… Ses pensées s'arrêtent là… . Un ruban de brume nappe déjà le paysage qui devient féerique. La ville mystérieuse semble se lover pour la nuit.

Pierre rêve…. Il se souvient des promenades faites à deux dans cet endroit de la tour St Fergeux… S'interdire de se remémorer le passé est son  "leitmotiv"… Il marche le regard perdu au loin… S'attarde … Remonte doucement la rue du Petit Bié… qui va le conduire dans la Grand' Rue Diderot, brillante de mille feux, Noël est proche ! .. Il passe devant le collège, nommé lui aussi du nom de ce cher Denis Diderot, cet enfant célèbre de la cité fermée, qui du haut de son imposante statue, veille fièrement, un livre à la main, sur les sujets de sa bonne ville. Le froid est glacial, Pierre remonte le col de sa parka.

Passant devant la boutique de la fleuriste il se rend compte qu'un bouquet pourrait aider à excuser ce retard. La fleuriste qui le connaît bien lui propose une composition faite d'anémones…. Sans conviction, après avoir réglé, il sort très vite. Maintenant il ne peut plus flâner. Il passe devant l'imposante cathédrale, fait un sourire intérieur à la statue de Jeanne Mance, fondatrice de Montréal au Canada…. Toujours présente dans le square, devant le petit jet d'eau gelé ! Que de gens importants sont passés ici, ils en ont laissés des souvenirs dans cette ville de Langres, se dit-il.

Il arrive place du Centenaire… Le vieux château d'eau a disparu, devenu inutile, une équipe de spécialiste l'a fait imploser. Sa démolition laisse une place surprenante devant l'édifice si étrangement moderne du Nouveau Musée; des veilleuses laissent passer à travers les interstices, aux formes de meurtrières, d'étranges lumières bleues. Les précieux vestiges des temps anciens, accumulés dans cet endroit, sont protégés, en prolongement de l'ancienne église Saint Didier. C'est là, sur cette place, au premier étage qu'Hélène l'attend. Son retard, il l'a tellement provoqué, qu'il acceptera les reproches.…. Pourtant, c'est avec un grand sourire qu'Hélène lui ouvre la porte. Le bouquet d'anémone lui plaît…. d'émotion, ses joues de rose se sont teintées.

 

Le logement est vaste, sur le parquet ciré, un tapis de laine donne toute sa beauté, et un confort précieux à l'ensemble de l'appartement. Pierre était déjà venu chez Hélène, il n'avait rien remarqué, n'avait conservé aucun souvenir, hanté par ses regrets, d'une peur incontrôlable, morbide, son esprit refusait de voir l'amitié que pouvait lui offrir cette jeune femme.

Sous la lueur de bougies, la table brille de mille éclats… c'est la saison de Noël, dit-elle, j'aime parer ma maison de brillance qui semble éloigner la grisaille du temps. Pierre redevient songeur. La grisaille du temps, la grisaille de la vie c'est le quotidien de Pierre… Le départ brutal, si rapide de son épouse est toujours présent dans son esprit. Un sombre nuage passe. souvenir du dernier Noël… Comme "elle" était différente …

Pierre s'interdit de prononcer le nom, même mentalement de celle qui fut sa femme. "Elle" n'aimait que les meubles blancs, modernes… les fêtes ne se passaient pas en famille…il lui était impensable de ne pas aller déjeuner dans les meilleurs restaurants… il lui fallait les plus belles voitures, les grands voyages. C'était une course à la vie sans répit, oh ! brûler ainsi les étapes, pourquoi  ?.

Végétarienne, Hélène a fait une nourriture simple, excellente, fraîche et plaisante. Surpris, Pierre sans faire de comparaisons aime la différence. Un CD d'une musique douce tourne en boucle, faisant lien entre les phrases suspendues. Pierre, depuis bien longtemps n'a pas ressenti cette paix, il est simplement "bien" dans cette ambiance faite de douceur, d'harmonie. Il doit repartir, mais s'attarde, Hélène a le sourire d'une "madone". il cherche dans sa mémoire "A qui ressemble t elle ?" Peut-être à un mélange de "l'ange de Reims" avec son sourire, ou à  celui énigmatique de Mona Lisa de Léonard de Vinci… Les mots ne sont pas nécessaires lorsque l'on est heureux.

La comtoise égrène un chapelet d'heures… Avec regrets, Pierre prends congé, quitter cet oasis pour se plonger dans le froid et le vent que Langres sait si bien offrir à ses passants à cette heure de la nuit.

  • Merci pour cette soirée merveilleuse.. !
  • A demain Hélène, à 8 heures au bureau ?

Il repartira vers la porte de l'hôtel de Ville, en suivant les remparts sud, au loin il apercevra la ferme Sainte Anne, passera Porte Boulière, le vent est décidément trop vif sur les remparts, il changera son itinéraire.

Les hautes maisons du centre ville le protégeront… croit-il ? . Les magasins de la rue Jean Roussat laissent voir à la lueur d'une veilleuse les vêtements de choix dont les élégantes de la sous préfecture aiment se parer

Voici enfin l'Eglise Saint Martin, la place Jeanne d'Arc. La statue de la Sainte en pierre de taille, alors qu'elle était si belle en bronze… les guerriers ont eu besoin de canons !  Le voici dans la rue des Chavannes, où sa tante habitait bien avant la guerre. Il se souvient qu'elle lui disait aller en classe dans le vieux bâtiment, qui abrite l'école de musique maintenant. … Enfin, sa voiture est toujours là, près de la Porte des Moulins, le parking est vide à cette heure il semble immense depuis que les anciens et imposants silos ont disparu, comme le château d'eau ! …les verrues de béton inutiles n'existent plus

Les pensées de Pierre roulent dans sa tête en une sarabande effrénée. Il comprend que rien n'est statique… perpétuellement en mouvance. Ainsi va la vie.

Pierre constate avec étonnement que la vie est plus forte. La déchirure produite dans son existence se cicatrise …seul, triste, perdu dans un magma qu'il se construisait lui-même il ne savait plus regarder… Le regard d'Hélène sur lui s'est posé. Le sourire d'Hélène embellit ses jours… Hélène qui vient de lui offrir la plus prometteuse des soirées.

Oh ! Oui…. A demain Hélène à 8 heures au bureau !!!

 

 

Jeanne

5 Décembre 2006

 

Publié dans PETITES NOUVELLES

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D
Une belle histoire . La vie est plus forte que tout. Et en plus la ballade était très agréable.
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C
Ce fut une lecture fort agréable, Jeanne !
Merci et bonne fin de semaine !
Bisous♥
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R
Le texte est tellement bien écrit qu'on a l'impression de voir les monuments et statues lors de cette marche nocturne de découvrir cette ville. L'histoire et belle et la fin une promesse d'avenir plus souriant. Bravo que puis-je dire d'autre. Bisousss
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Z
C'est une très belle histoire Jeanne, j'ai aimé te lire.
Bises et bon vendredi
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E
ah la belle histoire ! on plonge dans les déambulations de Pierre, ses souvenirs et ses douleurs, un cheminement qui débouche sur l'espérance, merveilleusement conté, Jeanne !
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