"LE ROSEAU PLIE, MAIS NE ROMPT PAS "

Publié le par M'amzelle Jeanne

"LE ROSEAU PLIE, MAIS NE ROMPT PAS "

Rupture du latin :rompere, ruptus

Je retrouve ce texte ancien, fait pour un jeu d'écriture lancé par DELIRIUM de Lille. Très surprise de recevoir un appel téléphonique m’annonçant que cette petite réflexion avait obtenu le premier prix .. Prix que je n'ai jamais touché.
DELIRIUM ayant fermé leur porte,  nombreux participants ont été oubliés dans cette affaire..
Le principal est d'avoir participé !
Ce texte est le reflet d'une époque qui appartient au passé.


L'herbe recouvre le chemin. Les visites se font plus rares, il n'y a plus de pas pour coucher et flétrir le gazon qui pousse entre les pierres. La maison, comme le propriétaire présente des signes de faiblesses et de décrépitude. Les volets aspirent à recevoir une couche de peinture. A plusieurs endroits quelques pierres sont à nu, les rosiers ne sont plus attachés, le début d'un abandon, qui sera certainement plus apparent dans quelques temps, est déjà visible.
Comment est-il possible de vivre les quelques années qui précèdent le départ vers l'éternité dans une telle solitude ?
La réponse est : C'est simplement déchirant.
Nous, les mères, les grands mères, les grands parents dès la naissance de notre premier enfant, puis de l'enfant de celui-ci, avons pensé à chaque instant à la chair de notre chair, à son bien être, à ses chagrins. Améliorer son existence, œuvrer pour qu'il puisse avoir une vie meilleure a  été le leitmotiv de chaque jour.
Et voilà, nous sommes sur le bord du chemin, sans visites et sans aides. L'herbe pousse entre les dallages sans être foulée par les petits pieds tant aimés. Où sont les plaisirs d'antan ? Rien n'est permanent, c'est une réalité. Il est tellement normal que les pôles d'intérêts pour la vie ne soient plus les mêmes, les enfants ont mille choses à assumer. Les études sont longues, prenantes, compétition et pression sont constantes.
Il y a les vacances, les départs vers d'autres horizons plus loin, plus hauts. Les amis d'un jour qu'il est urgent d'aller retrouver.. Il est indispensable de participer à de grandes fêtes où l'on retrouvera des inconnus que l'on ne reverra sans doute jamais.
Mais l'herbe du chemin qui mène chez l'aïeul, par qui sera-t-elle foulée si ce n'est par des personnes qui par eux ont été aimées, à qui il a été tant donné ?
Le téléphone relie dit-on, mais il creuse un fossé d'indifférence. Celui qui appelle se décharge d'un poids, il a le sentiment d'avoir fait ce qu'il pouvait, pour lui la liaison n'est pas rompue, cependant une fois la conversation terminée, la solitude est amplifiée pour celle, pour celui qui est seul. Le bonheur est de partager, de pouvoir échanger les simples détails de la vie, de croire serrer encore l'enfant tant aimé sur son cœur.
Quelle étrange impression de se sentir descendre au tombeau avant d'être sans vie !.De ne plus faire partie des activités de ceux que vous avez aidé et aimé de toutes vos forces, de ne plus pouvoir compter sur eux, de rester sur le bord de leur chemin, de ne plus recevoir de regard complice, d'être devenue transparente.. une obligation légère.
Que de désespoirs cachés.
Ne plus recevoir de marque d'amour spontanée, ne plus être reconnue dans la foule, que de souffrances et coups de griffes ressentis.  Avoir une place autour de la table, mais rester seul, avant la fin du repas tous sont déjà repartis ! Qu'il est difficile d'admettre que vous n'êtes plus entendu lorsque vous parlez, de ne pas recevoir de réponse aux pauvres questions que vous osez poser..
Ne plus être accompagné dans vos instants difficiles, ni dans vos moments heureux, rien n'est plus partagé.! Qu'il est difficile de comprendre que vous ne comptez plus, que vous devenez transparent. Vous êtes mal assis sur votre chaise vous demandant pourquoi et comment ce froid intense a pu s'établir. Votre cœur en écharpe porte une couronne d'épines.
A cet instant, votre seule idée est de retrouver votre solitude où finalement là est votre place. La rupture est faite, vous venez de comprendre que tous nous venons à la vie seul et que nous repartirons seul.
C'est sans regret et sans haine qu'il faut continuer la route, sans regard arrière dans le rétroviseur. Être comme le roseau, se plier et se relever sans se rompre.
La vie réserve d'autres plaisirs, d'autres rencontres que nous ne soupçonnons pas, être à l'écoute, à la recherche de l'inconnu qui lui, vous acceptera tel que vous êtes et deviendra peut-être votre ami.
Rien n'aura été inutile car vous avez aimé.




 

Publié dans Réflexion

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Jeanne Fadosi 30/03/2018 10:27

je comprend que ce texte ait été récompensé, Jeanne. Il est si juste. Désabusé mais sans rancoeur. Triste mais sans demande. Je ne me lasse pas de le relire.
J'arrive avec quelques jours pour te souhaiter un heureux anniversaire.
Tu dis "quel beau privilège de vieillir". J'y ajouterais quelques conditions pour pouvoir vivre pleinement sa vieillesse. Je ne dis pas la pleine santé bien sûr, le corps s'use, et même la tête n'a plus toute sa plasticité mais tout de même, il est des fins de vie bien douloureuses et tristes. Il est des vies écourtées brutalement qui dévastent ceux qui restent.
Prends soin de toi Jeanne et de tes proches
bises amicales

M'amzelle Jeanne 30/03/2018 14:24

Je suis émue Jeanne terriblement .. honteusement privilégiée. et de le crier...Je sais le drame que tu as vécu.. que ma fille a vécu en perdant son compagnon.. tous les jours des personnes trop jeunes, partent laissant des petits, une famille en péril et je souffre de tant de ces mauvaises situations. Vois-tu j'ai souffert moi aussi beaucoup de situations difficiles.. Mais j'ai voulu croire en la vie, en la tendresse.. ne voulant jamais voir le mal,.je me suis bercée en espoirs de renouveau dans la philosophie, d'aides venant d'énergies que nous avons en nous tout simplement.. Je souhaite le meilleur pour le monde.. nous ne pouvons ignorer le mal, les horreurs que chaque jour apporte, mais essayons de ne pas trop en souffrir.. de penser que nous allons éradiquer un jour cette maladie qui ravage et fauche tant de monde jeune et aimé.. essayons de ne pas avoir peur.. de ne plus penser au mal que font ces démons qui nous entourent...
Chère Jeanne je suis utopique... et cela me convient bien .. si seulement cela pouvait faire tache d'huile !
Je t'embrasse très fort et te remercie pour ce beau compliment que tu m'offres pour mon 89 eime anniversaire !
Au plaisir de se lire encore.. je file chez toi..

colettedc 26/03/2018 13:41

♪♫♪ Bon anniversaire Jeanne ! ♪♫♪
C'est à ton tour de te laisser parler d'amour !
Bonne journée toute la journée,
« Ta journée »
Gros becs♥ de mon Québec !

Martine MARTIN 26/03/2018 12:55

C'est émouvant parce que si vrai. Joyeux anniversaire Jeanne.

Josette 26/03/2018 12:51

Comme ton souffle est vaillant Jeanne pour ce gâteau d'anniversaire...
Je te souhaite un heureux printemps entourée de tes enfants grands ou petits

merci à Domî pour avoir mis le lien avec cette si belle page

Je tembrasse

Quichottine 26/03/2018 12:28

89 bougies... c'est génial.
Bon anniversaire en retard, Jeanne.
Gros bisous tout plein.